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L’Odyssée d’Homère : par quelle traduction commencer

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C’est la question qui revient le plus souvent quand quelqu’un veut enfin lire l’Odyssée après en avoir entendu parler toute sa vie : par quelle traduction commencer ? La réponse dépend moins du niveau du lecteur que de ce qu’il attend du texte, parce que les traductions françaises de Homère ne racontent pas tout à fait la même expérience de lecture.

Deux poèmes, une seule légende

Avant de parler traduction, un rappel utile : l’Odyssée et l’Iliade sont deux poèmes distincts, tous deux attribués à Homère, mais qui racontent des moments différents de la guerre de Troie et de ses suites. L’Iliade se concentre sur quelques semaines du siège de Troie et la colère d’Achille. L’Odyssée suit le retour d’Ulysse vers Ithaque après la guerre, un voyage semé d’épreuves qui dure dix ans. On peut lire l’un sans l’autre, mais connaître les deux éclaire mieux les nombreuses références croisées entre les deux textes.

Un texte né de la voix avant d’être né de l’écriture

Un point mérite d’être rappelé avant même de choisir une traduction : on ne sait pas avec certitude si Homère a réellement existé en tant qu’individu unique, ni dans quelles conditions exactes l’Odyssée a été composée. Les spécialistes s’accordent sur le fait que le poème s’appuie sur une longue tradition orale, transmise de génération en génération par des aèdes, ces poètes-chanteurs qui récitaient les exploits des héros lors de banquets ou de fêtes religieuses, avant d’être fixé par écrit autour du VIIIe siècle avant notre ère. Cette origine orale explique certaines particularités du texte, comme les répétitions de formules ou d’épithètes qui reviennent presque à l’identique, un procédé qui facilitait la mémorisation et l’improvisation du récitant plus qu’il ne relevait d’un choix strictement littéraire.

Cette incertitude sur les origines du texte, connue sous le nom de « question homérique », n’empêche en rien d’apprécier l’Odyssée comme une œuvre littéraire à part entière : elle invite simplement à la lire en gardant à l’esprit qu’il s’agit d’un texte façonné par l’oralité, ce qui change la manière dont on peut apprécier son rythme selon les traductions.

Victor Bérard, la traduction qui a fait référence pendant un siècle

Victor Bérard, helléniste et navigateur du début du XXe siècle, a livré une traduction en prose qui a longtemps dominé l’édition française de l’Odyssée. Sa particularité : Bérard avait lui-même navigué en Méditerranée pour tenter d’identifier les lieux réels derrière les escales mythiques d’Ulysse, ce qui donne à sa traduction une tonalité presque géographique, soucieuse de rendre crédible le parcours du héros. Le style reste classique, parfois un peu daté dans son vocabulaire, mais la clarté du récit en fait une entrée toujours solide pour qui veut d’abord comprendre l’histoire sans se perdre dans des choix stylistiques trop marqués.

Philippe Jaccottet, la traduction qui privilégie le souffle poétique

À l’opposé, la traduction de Philippe Jaccottet, poète suisse de langue française publiée au milieu du XXe siècle, cherche avant tout à restituer le rythme et la musicalité du texte grec. Jaccottet ne traduit pas en vers réguliers mais travaille une prose rythmée, pensée pour être lue à voix haute autant que silencieusement. Cette version convient particulièrement à un lecteur déjà familier de l’histoire, qui veut redécouvrir le texte pour sa dimension littéraire plutôt que pour son intrigue.

D’autres traductions récentes valent le détour

Bérard et Jaccottet ne sont pas les deux seules voies d’entrée dans le texte : les collections de poche françaises publient régulièrement de nouvelles traductions, portées par des hellénistes plus jeunes qui cherchent un équilibre différent entre fidélité au grec ancien et fluidité pour un lecteur contemporain. Ces versions récentes ont souvent l’avantage de proposer des notes de bas de page plus abondantes, utiles pour resituer les nombreuses références géographiques et généalogiques qui jalonnent le texte. Elles n’effacent pas pour autant l’intérêt des deux traductions historiques : Bérard et Jaccottet restent des repères, l’un pour la clarté narrative, l’autre pour la tenue poétique, auxquels toute nouvelle traduction se compare presque inévitablement.

Laquelle choisir selon ce qu’on cherche

  • Pour une première découverte, centrée sur l’intrigue et les péripéties d’Ulysse : la traduction de Victor Bérard, disponible dans plusieurs éditions de poche, reste le choix le plus sûr.
  • Pour goûter la dimension poétique du texte, en connaissant déjà l’histoire : la traduction de Philippe Jaccottet offre une expérience de lecture plus exigeante mais plus proche du souffle original.
  • Pour une édition accessible et bien annotée, la collection Folio propose plusieurs versions de l’Odyssée avec des appareils critiques utiles pour resituer le contexte historique et les débats sur la datation du poème.

Un texte qui résiste à toutes les adaptations

Ce qui frappe, en comparant les traductions, c’est à quel point l’Odyssée continue de se prêter à des lectures très différentes selon les sensibilités. Cette capacité à se réinventer explique aussi pourquoi le mythe d’Ulysse continue d’inspirer des œuvres contemporaines, romans ou jeux vidéo, qui reprennent le voyage du héros sous des formes nouvelles. On retrouve d’ailleurs cette même logique de réinvention permanente dans la façon dont les jeux vidéo actuels s’emparent des grands mythes antiques pour construire leurs propres récits.

Pour une biographie et une chronologie fiables d’Homère et de son œuvre, la notice Wikipédia consacrée à Homère reste une base de référence solide.


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