Il n’y a pas besoin de traverser la Méditerranée pour marcher dans l’Antiquité romaine : la Gaule romaine a laissé sur le sol français des ensembles qui comptent parmi les mieux conservés de tout l’ancien Empire. Voici un tour d’horizon pour organiser un circuit sans se perdre.
| Site | Époque | Ce qu’on y voit | Temps de visite |
|---|---|---|---|
| Arènes de Nîmes | Fin du Ier siècle | Amphithéâtre remarquablement complet, galeries et gradins | Environ 1h |
| Maison Carrée (Nîmes) | Fin du Ier siècle av. J.-C. | Temple romain quasi intact, colonnade corinthienne | 30 à 45 min |
| Pont du Gard | Ier siècle | Aqueduc à trois niveaux d’arches, site naturel autour | Une demi-journée |
| Lugdunum (Lyon) | Ier siècle av. J.-C. – Ier siècle | Théâtre antique de Fourvière, odéon, musée gallo-romain | 2 à 3h |
| Glanum (Saint-Rémy-de-Provence) | IIe siècle av. J.-C. – Ier siècle | Ville gallo-romaine complète, arc et mausolée | 1h30 à 2h |
Nîmes, la ville aux deux monuments jumeaux
Nîmes concentre à elle seule deux des monuments romains les mieux préservés de France. Les arènes de Nîmes forment un amphithéâtre encore quasi complet, capable d’accueillir aujourd’hui des spectacles comme il en accueillait déjà à l’époque romaine, avec ses galeries de circulation intactes qui permettent de comprendre la logistique d’un tel édifice. Construit en pierre calcaire extraite des carrières locales, l’édifice a aussi servi de forteresse au Moyen Âge, un village entier s’installant même un temps entre ses gradins avant que les campagnes de restauration du XIXe siècle ne lui rendent son aspect antique.
À quelques rues de là, la Maison Carrée est un temple romain dédié aux petits-fils de l’empereur Auguste, dont l’état de conservation a suffisamment marqué les esprits pour inspirer, bien plus tard, l’architecte du Capitole de l’État de Virginie aux États-Unis, Thomas Jefferson en tête. Sa colonnade corinthienne et ses proportions harmonieuses en ont fait, pendant des siècles, un modèle d’étude pour les architectes cherchant à comprendre les canons du temple romain classique, bien avant que les outils de relevé modernes ne permettent d’en vérifier chaque détail.
Le Pont du Gard, prouesse d’ingénieur au milieu de la garrigue
Le Pont du Gard n’est qu’un fragment, le plus spectaculaire, d’un aqueduc romain qui acheminait l’eau sur une cinquantaine de kilomètres jusqu’à Nîmes. Ses trois niveaux d’arches superposées en font le pont-aqueduc romain le plus haut jamais construit, et le site profite en plus d’un cadre naturel, encaissé dans la garrigue, qui met le monument en valeur sans qu’aucun aménagement moderne ne vienne le concurrencer.
Ce qui impressionne le plus, une fois qu’on le sait, c’est la précision de sa pente : sur l’ensemble du tracé, l’aqueduc perd à peine quelques dizaines de centimètres d’altitude par kilomètre, une régularité que les ingénieurs romains ont dû tenir sur un terrain accidenté, sans les instruments de nivellement modernes. Le canal qui coiffe le troisième niveau d’arches, aujourd’hui accessible seulement par visite guidée, laisse deviner le savoir-faire nécessaire pour faire couler l’eau par simple gravité sur une telle distance sans jamais la faire stagner ni déborder.
Lugdunum, capitale des Gaules
Lugdunum est le nom romain de Lyon, fondée à la confluence du Rhône et de la Saône pour devenir la capitale administrative des Gaules. Sur la colline de Fourvière subsiste le théâtre antique de Fourvière, l’un des plus anciens théâtres romains construits en Gaule, accompagné d’un odéon voisin dédié aux spectacles musicaux. Le musée gallo-romain attenant, construit à flanc de colline par l’architecte Bernard Zehrfuss, s’enfonce en partie dans la pente plutôt que de s’imposer sur le paysage, et rassemble les objets et les mosaïques mis au jour sur le site pour replacer ces vestiges dans le contexte d’une ville qui comptait parmi les plus importantes de l’Occident romain.
Un peu plus bas, sur les pentes de la Croix-Rousse, l’amphithéâtre des Trois Gaules complète le tableau : c’est là que se réunissaient chaque année les délégués des soixante peuples gaulois autour d’un autel dédié à Rome et à l’empereur, un lieu qui associait donc pouvoir politique et pratique religieuse dans un seul espace, à la manière dont d’autres cités provinciales de l’Empire organisaient leur propre culte impérial.
Glanum, la ville que le temps a suspendue
Glanum, près de Saint-Rémy-de-Provence, offre quelque chose de rare : une ville entière, d’abord gauloise puis hellénisée avant de devenir romaine, dont le plan reste lisible dans son ensemble. Deux monuments postés à l’entrée du site, connus localement sous le nom des Antiques, un arc municipal et un mausolée, ont traversé les siècles hors de l’enceinte fouillée et signalent le site de loin, bien avant d’atteindre les vestiges du forum et des maisons.
La ville s’est développée autour d’une source sacrée, dédiée à l’origine à une divinité locale nommée Glanis, avant que le culte ne se mêle à des pratiques plus classiquement romaines. Ce goût pour l’eau et la pierre a également retenu l’attention bien après l’Antiquité : c’est tout près de là, à l’asile de Saint-Paul-de-Mausole, que Vincent van Gogh a séjourné et peint certains de ses paysages provençaux les plus connus, dans un environnement où les ruines de Glanum faisaient déjà partie du décor local.
Ce goût pour les traces romaines laissées en France rejoint directement la façon dont les Romains eux-mêmes ont recomposé leur panthéon à partir du modèle grec, un sujet détaillé dans ce que Rome a vraiment emprunté à la mythologie grecque. Et pour ceux qui voudraient prolonger cette Antiquité jusque chez eux, il existe des façons mesurées d’intégrer un moulage ou un buste antique dans une pièce à vivre sans transformer le salon en annexe de musée.



